mardi 9 mai 2017

Festival International de Mode et de Photographie à Hyères 2017



L’édition 2017 du Festival International de Mode et de Photographie à Hyères a mis la Suisse à l’honneur et plus particulièrement la Haute école d’art et de design de Genève.

C’est tout d’abord Vanessa Schindler, jeune styliste suisse tout juste diplômée de la HEAD après avoir été stagiaire chez Etudes Studio, Balenciaga (par Alexander Wang) et Henrik Vibskov, qui a remporté le Grand Prix du Jury Première Vision présidé par Bertrand Guyon, directeur du style de la Maison Schiaparelli, ainsi que le Prix du public et de la ville d’Hyères.



photos : Jérémie Leconte/CatwalkPictures

Déjà consacrée l’année dernière puisqu’elle a remporté en novembre 2016 le prix HEAD Master Mercedes-Benz, sa collection intitulée «Urethane Pool, Chapitre 2» repose sur un travail de recherche novateur qui rappelle les expérimentations développées par Iris van Herpen. L’uréthane est en effet un polymère que la jeune styliste a réussi à mouler, ce qui permet de suturer le tissu par soudure en supprimant les coutures. La « couture » prend donc un nouveau tournant technique mais sans renoncer à une touche poétique et sensuelle puisque le tissu, tantôt parsemé d’incrustations de coquillages, se prête aussi bien aux transparences qu’aux drapés. Les tonalités automnales et nacrées de cette collection nous ont par ailleurs rappelé la collection présentée en 2011 par Léa Peckre – qui est à présent la directrice du département Design mode de l’école de Genève.



photos : Jérémie Leconte/CatwalkPictures




C’est ensuite Marina Chedel qui a remporté le Grand Prix du Jury Accessoires de Mode Swarovski présidé par Pierre Hardy.
Après avoir fréquenté la Haute école d’art et de design de Genève et effectué un stage chez Walter van Beirendonck, Marina Chedel est diplômée du London College of Fashion.
Intitulée « Over the Peak », sa collection de chaussures-plateformes en bois sculpté et cuir est conçue comme un hommage à son père, guide de montagne, et lui ouvre les portes des Maisons d’art de Chanel, avec lesquelles elle aura l’occasion de collaborer.


photo : Charles Negre, 2017



Les gagnantes des deux Grands Prix du Festival ont donc en commun l’expérimentation et la recherche de nouvelles matières qui puissent donner lieu à de nouveaux effets et créer de nouvelles sensations.


C’est également le cas de la française Wendy Andreu qui a remporté avec sa collection « Regen » le Prix du public et de la ville d’Hyères dans la catégorie Accessoires.
Ses accessoires de pluie – chapeaux, sacs, imperméable, poncho – faits de corde et de latex dans des moules spécialement conçus ne présentent aucune couture. Diplômée de l’Ecole Boulle, puis de la Design Academy d’Eindhoven, Wendy Andreu fait donc preuve du même esprit d’innovation qui entend redéfinir les limites de la création en recourant à de nouveaux matériaux à la fois plus durables et créateurs de nouvelles dimensions esthétiques.


photo : Charles Negre, 2017




Le Prix Chloé se présente comme un exercice de style puisqu’il récompense le designer qui aura su en une seule silhouette rendre le mieux hommage à l’héritage de la Maison.
L’allemande Gesine Försterling diplômée de l’Universität der Künste de Berlin a remporté le prix avec un ensemble rayé d’inspiration masculine qui a plu à la Maison parisienne car elle y a précisément reconnu une des principales caractéristiques des collections et de la femme Chloé.


La silhouette de Gesine Försterling - photo : Jérémie Leconte/CatwalkPictures



Autres silhouettes du défilé Chloé, propositions de Fuhong Yang (à gauche) et de Marianna Ladreyt (à droite) - photos : Jérémie Leconte/CatwalkPictures





Pour ce qui est de la photographie, le Grand Prix du Jury Photographie présidé par Tim Walker revient à l’Irlandais Daragh Soden pour sa série "Young Dubliners" qui montre des adolescents dans ces moments « suspendus », entre attente et ennui, qui correspondent à cette période « entre » enfance et âge adulte, insouciance et préoccupation.
Juste après et juste avant, que Daragh Soden interprète d’un point de vue essentiellement économique : après la période de prospérité économique qui a bercé sa propre jeunesse et juste avant l’entrée, pour cette génération plus jeune que lui , dans le monde du travail et de la réalité de la crise qui sévit aujourd’hui dans le pays.
Avant le désenchantement.
D’où cette impression de flottement qui émane de ces images de jeunes gens dont le regard se perd souvent dans le lointain en espérant et redoutant à la fois un futur inconnu et incertain.
Daragh Soden réussit ainsi à entremêler le personnel et l’universel, à évoquer implicitement un contexte socio-économique très concret sans jamais enfermer ses sujets ni démontrer une thèse.
Sa lumière est franche et diffuse à la fois, il reste dans l’allusion et n’impose rien, ni son regard ni sa présence. C’est cette « honnêteté » discernée par Tim Walker que le jury a voulu distinguer.



photos : Daragh Soden


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